|
|
[ Sports ] [ Evenements ] [ Culture ] [ Musique ] [ Divers ] [ Poésie/ Economie /Social/Autres ] [ Histoire ] [ Liens/photos/clips/videos/cuisine ]
|
|
|
|
Tulas n'Itran N'Gerger
27/10/2006 06:29
| |
|
|
|
|
|
|
|
Les étoiles du Djurdjura
27/10/2006 03:40
La vie communautaire
Les étoiles du Djurdjura brillent
|
|
|
Pour briller au firmament, il faut être nécessairement une étoile. Lors du Talent Show, organisé par Enfants d’Algérie, Les Étoiles du Djudjura a montré que la danse, ce n’est pas seulement du folklore mais bel et bien de la culture. La troupe a fait voir qu’avec son potentiel et son talent, l’avenir lui appartient. Organisme sans but lucratif, Les Étoiles du Djurdjura existe depuis 2 ans. Son objectif est de promouvoir la culture par la danse kabyle mais également du reste de l’Algérie. C’est Thanina Berkane qui coache la troupe qui se produit régulièrement quand on fait appel à elle. Après avoir dansé chez Enfants d’Algérie le 4 juin, la troupe a dansé, le 26 juin, lors de la fête organisée par le Centre Amazigh de Montréal.
|
Mustapha Chelfi 01/07/2006
|
| source : http://www.journalfa.ca/fr/?p=101&id=70 |
|
|
|
| |
|
|
|
|
|
|
|
Itran n'Gerger
27/10/2006 03:27
Québec
Montréal : Interview de la Troupe "Itran n gerger" (Les Étoiles du Djurdjura)
"Itran n Gerger" ou "Les Étoiles du Djurdjura", au nom bien significatif, est une troupe de danse et de théâtre kabyles à Montréal.
Elle a tellement fait parler d’elle ces derniers temps, notamment par ses excellentes prestations, que nous avons interviewé sa responsable et chorégraphe, Mlle Thanina Berkane qui tient à donner de son temps pour faire connaître sa culture malgré le temps que lui prennent ses études. Elle nous parle avec passion de la troupe qu’elle dirige.
Nous avons eu d’excellents échos sur le travail de votre troupe "Itran n Gerger" (Les étoiles du Djurdjura), pouvez-vous nous la présenter ?
T.B . : La troupe existe depuis plusieurs années et a beaucoup activé au sein du Centre Amazigh de Montréal. Je l’ai prise en mains depuis environ un an, nous travaillons d’arrache-pied pour l’améliorer.
Actuellement, la troupe compte 15 membres (filles et garçons) allant de 6 ans à l’âge adulte.
D’un commun accord, après plusieurs consultations et recherches dans le répertoire des noms kabyles, nous avons opté pour "Itran n Gerger" -Les étoiles du Djurdjura -
Quel genre de danses faites-vous ?
Nous travaillons beaucoup sur les danses folkloriques et modernes. Nous travaillons aussi sur des musiques marocaines ou occidentales.
Où faites-vous vos répétitions et quand ?
Nous pratiquons 1 samedi sur 2 au YMCA du Parc, sis au 5550, Avenue du Parc à Montréal.
Il y a des garçons dans votre troupe, c’est extraordinaire, comment avez-vous pu les persuader d’en faire parti alors que l’on sait que, dans notre communauté, les jeunes de sexe masculin refusent généralement de se produire dans des groupes de danse ?
Nous avons commencé par convaincre des personnes de notre entourage et par la suite nous avons pu recruter quelques-uns dans les soirées de la communauté. Personnellement, je suis très heureuse et c’est l’avis de tous les membres, de les avoir avec nous, cela crée une bonne ambiance au sein de la troupe.
Qu’avez-vous préparé comme danses ? Pouvez-vous nous en citer quelques-unes ?
Nous simulons un mariage Kabyle avec tous les rites qui vont avec. Nous avons une autre danse "genre de comédie musicale" (mélange de théâtre et de danse) ainsi que plusieurs autres thèmes.
Vous avez déjà participé à des spectacles à Montréal, pouvez-vous nous en parler ?
La troupe a participé à plusieurs festivals, bien que ça n’ait pas été très médiatisé au sein de notre communauté, nous nous sommes produits, plusieurs fois à la fête des enfants, au Festival du film du monde, au Festival de la Soie et à la fête de l’association du Kazakhstan sans oublier aussi les soirées du Centre Amazigh de Montréal.
Comment créez-vous vos chorégraphies, qui sont au passage très belles ?
Je prépare d’abord la musique, je lui adapte une chorégraphie à la maison. Durant les répétitions, avec toute l’équipe, nous faisons en sorte d’apporter des améliorations ou des petits changements s’il y a lieu.
Avez-vous des spectacles en vue ?
Nous avons d’abord le Printemps berbère avec le CAM, un spectacle au Collège International "Des Marcellines", les Jeux de Montréal (invités du groupe Tafsut).
Quels sont vos objectifs avec "Itran n Gerger" (Les Étoiles du Djurdjura) ?
Notre principal objectif est de faire connaître notre culture.
Avez-vous des projets ?
Beaucoup de projets nous tiennent à coeur : améliorer de jour en jour notre travail, agrandir notre troupe nous avons un rêve que nous aimerions voir se réaliser rapidement organiser un spectacle en Kabylie.
Merci Thanina et bon courage pour votre troupe
Merci beaucoup pour cette interview et je profite de l’occasion qui m’est offerte pour remercier tous les membres de Kabyle.com ainsi que ceux de notre troupe pour leur participation et leur énergie. Un grand merci aussi à tous les membres du Centre Amazigh de Montréal qui nous ont beaucoup aidé et qui continuent à le faire.
Pour prendre contact avec la troupe, voici son adresse courriel : les_etoiles_du_djurdjura@yahoo.com
Interview réalisée par T. Ould-Hamouda
Le 12 Mars 2005
source : http://www.kabyle.com/Montreal-Interview-de-la-Troupe.html
| |
|
|
|
|
|
|
|
Tannemirt Québec
26/10/2006 03:24
|
MERCI QUÉBEC
|
Tu m'as ouvert les bras Tu m'as accueillie Sans me connaître, Tu m'as dit " Bienvenue " Québec, ma 2ème Patrie De tout cœur, je te dis " MERCI "
Venue de nulle part J'étais désorientée Ton accueil chaleureux M'a réconforté Tu m'as redonné l'espoir Alors que je l'avais perdu De tout cœur, je te dis " MERCI "
Heureuse de vivre en paix dans ce beau pays Où nul ne se sent étranger Un peuple fier de sa diversité Où chacun retrouve dignité et respect
A Gatineau ou en Gaspésie A Montréal ou à Granby Je me sens chez moi partout où je vais québécoise, fière, je le suis devenue Tout en gardant au fond de moi mon originalité
Québec, mon pays, je te remercie
Tassadit Ould Hamouda
|
|
source : http://www.berberes.com/webpages/Tassadit_essais_poetiques_08sept06.html
| |
|
|
|
|
|
|
|
Kabylie, Evita
26/10/2006 03:02
Hmimic At Lmulud : Kabylie, Evita
Ne me pleure pas kabylie Au fond je ne t’ai jamais quittée Je devais laisser les choses arriver La séparation et ce qui s’en est suivi J’ai choisi la liberté Essayant des choses nouvelles J’ai vu tant de pays Et ne suis pas du tout impressionné Toutes les promesses qui nous ont été faites Ne sont qu’illusions Ne me pleure pas Kabylie Je t’aime et j’espère Que tu m’aimes aussi J’ai besoin de ton amour Après tout ce que j’ai fait Si seulement je pouvais fuir Me fuir Fuir tout ce qui me ressemblait Fuir les années passées loin De la protection de tes montagnes qui m’ont tout ce temps manquées Ne me pleure pas Kabylie Au fond je ne t’ai jamais quittée Même si je suis ailleurs La place que tu occupes en moi est et restera la meilleure Est-ce que j’ai trop dit Je n’ai rien à ajouter La réponse a toujours été là Tu n’as qu’à me regarder Pour comprendre que tout Ce que j’ai dit est vrai Ne me pleure pas Kabylie Au fond je ne t’ai jamais quittée J’ai tenu ma promesse Ne prends pas tes distances Ne me pleure pas Kabylie Je t’aime Et j’espère que tu m’aimes aussi Je t’aime Et j’espère que tu n’as jamais Cesser de m’aimer.
© Hmimiche Ait Mouloud New Castle .Grande Bretagne. 20 Février 2005 Inspired by "Evita, Don’t cry for me Argentina"
| |
|
|
|
|
|
|
|
Lounis Aït Menguelet :
18/10/2006 04:01
| Photo extraite du site « « Convergences » |
| «La poésie est un exutoire qui me procure le sentiment d’être libre» |
| La Tribune 21/08/2006 |
Rencontré à Sétif lors de sa participation au deuxième Festival international de Djemila, le grand chanteur et poète kabyle Lounis Aït Menguelet nous a livré ses impressions, frappées au coin du bon sens qu’ont forgées sa sagesse et sa modestie légendaires, sur sa perception de la chanson engagée et du statut de l’artiste en Algérie
La TRIBUNE : Vous êtes présent au Festival de Djemila pour animer une soirée dans le cadre de la solidarité de l’Algérie avec le peuple libanais. Est-ce qu’on peut dire aujourd’hui que vous êtes toujours un chanteur engagé ?
Aït Menguellet : J’ai été contacté pour participer au Festival de Djemila en tant qu’artiste avant les événements qui se sont déroulés au Liban. Je suis ici en tant qu’artiste, même si je considère que défendre les peuples opprimés est une cause juste. Mais, je ne me considère pas comme un chanteur engagé. Comment peut-on parler d’engagement ? Ce que je fais en ce moment, à travers ma participation artistique, est un simple message artistique porté par mes chansons et mes compositions. Je poursuis mon chemin d’artiste dans la même ligne de conduite que je m’étais fixée dès mes débuts dans la chanson.
Pourtant beaucoup de vos admirateurs vous considèrent comme un chanteurs engagé ...
Il y a une différence entre la politique et l’art. Est-ce qu’un politicien peut enregistrer un album ? Dans mon domaine, je fournis des efforts afin de présenter un art propre dont je maîtrise le tissage des fils. Je ne pratique pas la politique. J’ai eu assez de problèmes et de tracas à cause de mes positions.
Souvent, je suis très prudent en dehors de mon domaine artistique et je préfère ne pas m’aventurer dans d’autres domaines dont j’ignore les lumières.
Votre poésie est puisée dans la vie quotidienne, mais que vous apporte la poésie dans votre vie quotidienne ?
La poésie est en quelque sorte mon oxygène, mon exutoire. C’est ma seule échappatoire. J’aime m’y immerger pour explorer les profondeurs. La poésie m’apporte également un fort sentiment de liberté qui me donne des ailes. Dans ma vie quotidienne, je n’ai pas de moments spécifiques pour faire de la poésie, cela vient spontanément sans que je le planifie.
Vous allez chanter, ce soir, dans l’un des plus beaux sites de la région des Hauts plateaux imprégnée de la musique chaouie. A ce titre que pensez vous de la rivalité entre la chanson kabyle et la chanson Chaoui ?
Cette rivalité est le produit de certains médias qui ont nourri les malentendus entre les chanteurs. Ce que je veux clarifier c’est que nos relations dans le milieu artistique sont empreintes de respect et de bonne entente. Personnellement, je n’ai aucun sentiments de rivalité avec d’autres artistes. Bien au contraire, j’ai de bonnes relations avec les autres artistes, qu’ils soient chaouis, constantinois, oranais ou d' autres régions du pays. Ce que je trouve triste, c’est qu’une certaine presse attise différents conflits entre les artistes sans aucun fondement. Ce sont eux qui créent ces rivalités stériles et non pas les artistes. Toutefois, il existe de bonne plumes qui font leur travail convenablement.
Est-ce que cela signifie que vous avez des griefs contre les médias ?
Ce que je veux, c’est juste souligner que certains journalistes tissent des informations de leur imagination et ne prennent pas la peine de vérifier la vérité. Ce qui est une grande erreur. Personnellement, j’ai été choqué par certaines informations qui me concernent, et dont je n’avais aucune connaissance. J’invite les journalistes à me contracter pour me poser des questions avant de publier des informations erronées. A ma connaissance, le journaliste doit d’abord confirmer ses informations à la source avant de diffuser des informations sans aucun fondement. Cela n’empêche pas qu’il existe en Algérie des plumes consciencieuses et des journaux excellents.
Quel est votre avis sur la chanson algérienne en général et le raï en particulier ?
La chanson algérienne se porte bien et elle a enregistré de grands succès. Ce que je souhaite, c’est qu’il y ait une véritable relève qui portera les véritables messages artistiques pétris de beauté et de principes. Quant à la chanson raï, elle a sa place dans le panorama de la chanson algérienne. Elle est toujours présente car elle a su s’imposer. En Algérie, il existe une pléiade de styles, c’est une véritable richesse dans le paysage artistique et culturel. Je pense qu’il faut prendre cela comme quelque chose de positif et non pas comme quelque chose de négatif.
La chanson kabyle est assimilée aujourd’hui à des chansons de fête et de danse, qu’en pensez-vous ?
La chanson kabyle est passée par une période difficile mais ce n’est qu’un sombre nuage de passage qui va finir par se dissiper. Les chansons de fête sont des chansons pleines de vie. Ce sont des chansons légères qui sont emplies de joies et de mouvements. Les gens ont besoin de ce genre de répertoire. Il existe de grands talents qui se dirigent vers ce style de musique et arrivent à se démarquer. Mais, même si on a besoin de ce genre de chants, ce qui me désole, c’est l’ampleur que prend le phénomène des reprises de chansons qui ont déjà connues de grands succès, des chansons magnifiques qui perdent leur âme et leur splendeur à cause des reprises. Cela reflète le manque de création et d’imagination de certains chanteurs qui ne prennent pas la peine de faire des recherches pour le renouvellement. Cette facilité tue la chanson et la création.
Peut-on dire que cet état de fait est le résultat d’un manque de nouveaux auteurs
et compositeurs ?
Non pas du tout. Il y a une nouvelle génération de paroliers et de compositeurs d’un très bon niveau, et qui sont de grands créateurs. Malheureusement, personne ne demande leur aide ou les sollicite pour une collaboration. Je souligne encore une fois que certains artistes préfèrent la facilité et ne veulent pas faire des recherches ou fournir des efforts pour s’améliorer et étoffer leurs travaux. Ils marginalisent de ce fait les bons auteurs et compositeurs. C’est un véritable danger qui menace la chanson kabyle.
Récemment Hasnaoui Amchtouh, hospitalisé, a lancé un appel de détresse à cause de sa situation précaire, quel est votre sentiment à ce sujet ?
Sincèrement, j’ignore qu’il était souffrant et qu’il passe par une période difficile. Cela relance la problématique du statut de l’artiste et de ses droits. Je pense qu’il faut encore militer pour avoir un cadre légal pour préserver les droits des artistes mais également définir leurs devoirs.
C’est malheureux que des artistes continuent à souffrir et vivent dans le dénuement. Personnellement, je suis contre l’idée que c’est aux artistes de se prendre en charge et de s’entraider si l’un d’eux est exposé à un accident ou à une maladie. Je pense qu’aujourd’hui les artistes sont tenus d’unir leur force jusqu’à l’obtention de leurs droits. C’est dans cette cause juste et noble qu’il faut s’engager.
Auriez-vous un nouvel album en préparation ?
Je n’ai rien de nouveau pour le moment, j’attends comme d’habitude que l’inspiration vienne naturellement. Par contre, je continue d’animer plusieurs concerts sur scène.
|
| par Djemila Sihem Bounabi |
| |
|
|
|
|
|
|
|
Lounes Matoub : Enfant du peuple
15/10/2006 04:11
|
Entretien avec Lounès MATOUB http://www.berberes.com/webpages/Entretien_avec_Lounes_Matoub.html
|
Lounès MATOUB est né le 24 janvier 1956 en Kabylie. A 9 ans, il fabriqua sa première guitare avec un bidon vide. Il publie son premier album en 1978. Criblé de balles par un gendarme en 1988, enlevé par les islamistes en 1994 et libéré par un gigantesque mouvement populaire, il était le chanteur le plus populaire de Kabylie. Il a été assassiné le le 25 juin 1998, en Algérie, dans dans des conditions non élucidées, vraisemblablement par des milieux proches du pouvoir. Son œuvre riche de 36 albums traite les thèmes les plus variés : la revendication berbère, les libertés démocratiques, l'intégrisme, l'amour, l'exil, la mémoire, l'histoire, la paix, les droits de l'Homme, les problèmes de l'existence ...
Enfant du peuple je suis, enfant du peuple je resterai. Certes, comme tout un chacun, j'ai mûri, et la popularité m'a sans doute fait prendre davantage conscience de mes responsabilités. Car, plus vous étés connus, plus vous avez des responsabilités. Je me dois d'être fidèle à moi-même. C'est que, profondément, mon personnage est resté le même. J'essaie d'être un homme honnête, peu apte aux compromissions. Je veux aller jusqu'au bout de moi-même, sans tricherie, sans concessions. Je sais encore dire non. Alors qu'il y a tant de béni-oui-oui, qui à force de dire oui, ont perdu leur "non". Je ne veux pas flouer mes admirateurs en leur promettant des lendemains qui chantent, en sachant pertinemment que le monde meilleur dont on annonçait tranquillement la venue s'éloigne de plus en plus. Gagner par une telle voie ne m'intéresse pas. Je risque de me perdre ou, pis encore, de couler dans la facilité. Je veux rester tel que je suis, sans verser dans la moindre concession commerciale. Et pourtant, actuellement, l'artistique est bien souvent obligé de se plier au veto du commercial. Poète d'indiscipline, insurgé, je n'ai jamais mis un poil de brosse dans mes poèmes et chansons. Jamais. Les mots caisse d'épargne et les mots -Email Diamant sont bannis de mon répertoire. Je suis sans cesse en lutte contre ce qui me paraît mauvais et détestable. Je me sers de l'amour pour fustiger ce que le monde des hommes a de laid et d'odieux. Pour me révolter contre la veulerie et la duperie, dénoncer l'imposture aux mille visages. Ma poésie est à tout instant une remise en cause, un prétexte à protestation contre les injustices, les abus, les tabous, etc.
Enfant du peuple je suis, enfant du peuple je resterai. Certes, comme tout un chacun, j'ai mûri, et la popularité m'a sans doute fait prendre davantage conscience de mes responsabilités. Car, plus vous étés connus, plus vous avez des responsabilités.Je me dois d'être fidèle à moi-même. C'est que, profondément, mon personnage est resté le même. J'essaie d'être un homme honnête, peu apte aux compromissions. Je veux aller jusqu'au bout de moi-même, sans tricherie, sans concessions. Je sais encore dire non. Alors qu'il y a tant de béni-oui-oui, qui à force de dire oui, ont perdu leur "non".Je ne veux pas flouer mes admirateurs en leur promettant des lendemains qui chantent, en sachant pertinemment que le monde meilleur dont on annonçait tranquillement la venue s'éloigne de plus en plus. Gagner par une telle voie ne m'intéresse pas. Je risque de me perdre ou, pis encore, de couler dans la facilité. Je veux rester tel que je suis, sans verser dans la moindre concession commerciale. Et pourtant, actuellement, l'artistique est bien souvent obligé de se plier au veto du commercial. Poète d'indiscipline, insurgé, je n'ai jamais mis un poil de brosse dans mes poèmes et chansons. Jamais. Les mots caisse d'épargne et les mots -Email Diamant sont bannis de mon répertoire. Je suis sans cesse en lutte contre ce qui me paraît mauvais et détestable. Je me sers de l'amour pour fustiger ce que le monde des hommes a de laid et d'odieux. Pour me révolter contre la veulerie et la duperie, dénoncer l'imposture aux mille visages.Ma poésie est à tout instant une remise en cause, un prétexte à protestation contre les injustices, les abus, les tabous, etc.
"Tu dois avoir pas mal d'ennemis ?"
Mes ennemis sont les tyrans, les oppresseurs quels qu'ils soient, les lâches, les veules, les hypocrites, et surtout les "parachutés" (.. Je n'aime pas les nouveaux riches plus attachés à leurs biens, à leurs privilèges, qu'à leur pays. Le soleil se lève tous les jours pour chaque citoyen(ne). Heureusement qu'il n'est pas importé à coups de devises, sinon il ne brillerait que pour une classe donnée.
"Quels sont tes rapports avec les journalistes algériens ?"
Ambigus. Mi-figue mi-raisin. Si on ne m'accorde pas beaucoup d'entretiens, c'est parce que je refuse toute concession dans l'_expression de mes opinions. On n'a rien à me reprocher. Sinon d'avoir un franc -parler. Et de ne pas être un béni oui - oui. Je ne suis pas l'homme des concessions. Je ne triche pas avec ma nature. Je m'affirme sans gêne aucune, en parfait dédain des convenances. J'aurais pu me pousser dans le monde et monnayer ma popularité, voire ma célébrité. Je ne l'ai jamais fait. Car je ne suis d'aucun pouvoir le dévoué serviteur. A travers RadioTrottoir interposé, certains journalistes (arabophones surtout) ont essayé de me présenter sous un éclairage peu flatteur, de me coller une réputation de raciste, de violent, d'ennemi public n°1, de voyou sans foi ni loi. Ils ont fait de moi le familier des prostituées et des truands. Ils ont inventé, pour me salir, des légendes scabreuses. Dans les rédactions algériennes, on me discute longuement. J'étonne et j'inquiète. Certains journalistes (critiques de variétés) ont de quoi me rendre circonspect. Pour des raisons qu'on devinera aisément, je me méfie de certains d'entre eux. Plusieurs rédacteurs en chef ou directeurs de rédaction coupent cyniquement, dans des articles, tout ce qui se rapporte (de positif) à moi. A part quelques articles élogieux (parus après octobre 88, il faut le souligner), les journalistes algériens de la culturelle m'ont ostensiblement, pour une raison de censure ou autres, dédaigné, et tout cela à cause de mes audaces de vocabulaire, la franchise et la précision des images, le caractère même des réponses et des sujets traités. Ignorant les interdictions, dédaignant les menaces, j'ai continué de composer et de chanter, quand même, envers et contre tous. C'est par la suite que j'ai appris que tout honneur est source de contraintes.
"Que signifie pour toi le fait de chanter en tamazight ?"
En tant que chanteur, je suis le représentant d'une vision et d'une _expression personnelle du monde qui m'entoure et de moi-même. Je ne veux pas mourir pour un héritage que je n'aurais pas assumé. Je revendique le fait d'être chez moi dans ma tête et dans mes mots et de vivre comme je le sens. C'est la raison pour laquelle j'utilise la langue amazighe pour brasser des émotions qui n'appartiennent qu'à nous parce que voir le monde à travers des yeux arabes du fond d'une âme berbère entraîne la mort. Et mon problème est que depuis l'indépendance, nous avons été honnis, bannis, écrasés, spoliés, chassés, traqués, arabisés de force au nom d'une idéologie arabo-islamiste qui est devenue officielle au lendemain de l'indépendance. Cela dit, pour moi le public auquel je m'adresse possède un inconscient collectif qu'il s'agit de réveiller. Je veux lui faire retrouver une identité qu'il pensait avoir perdue. La langue que parle mon peuple, perfectionnée et enrichie par des siècles d'oppression coloniale et raciste, offre sur l'Algérie un angle de vision unique.
"Que représente pour toi la culture amazighe ?"
Qui ne sait rien de son passé ne sait rien de son avenir. Le but n'est pas, ne peut être, de revenir à un mythique age d'or du passé. La culture amazighe, c'est une question de civilisation et l'avenir de notre pays se jouera peut-être dessus. A travers la prise de conscience de mon identité, j'ai découvert le génocide culturel et le viol linguistique subis par les miens. J'ai, aussi découvert toute une culture méprisée, humiliée, déclassée, exclue des deux écrans (le grand et le petit), interdite de colonne et de séjour. Un sujet dont on ne parlait qu'à mi-voix. On est dans une situation pire que celle des Bretons, des Occitans, des Corses, des Kurdes, des Arméniens et des Indiens. Impossible que soient toujours vainqueurs les plus corrompus et les plus honnis par l'histoire ! Et c'est pourquoi nous refusons d'être les nègres blancs, les indiens, le tiers-monde du pouvoir. Nous refusons d'être bougnoulisés, quoi ! Il reste fort à faire pour préserver ce pays paisible et lui épargner les fléaux de la violence et de l'intolérance. Tout est encore possible, il faut seulement prendre des risques avec sa vie pour préparer des lendemains meilleurs. Je me défends donc je suis. On veut tout leur faire oublier, aux imazighen : Leur identité, leur langue, leur culture. Ils se trouvent rangés dans une catégorie mineure de citoyens ; pire, ils n'existent pas en tant que tels, hormis pour le service national et comme force de travail. Et quand ce n'est pas un gros bonnet de la nomenklatura locale ou un officier supérieur de l'ex Sécurité militaire qui leur cherche midi à quatorze heures alors qu'il est dix heures, c'est un wali qui grignote leurs terres ancestrales à coups d'édits et de décrets d'utilité publique et sans indemnisation ou si peu, tellement peu que les indemnisés n'en veulent pas. A ces représentants du pouvoir, je dénie le droit de débarquer en Kabylie en conquérants. Je rejette leur tutelle. Ce peuple à qui l'on a volé l'âme refuse d'être un peuple rampant. Il refuse aussi de perpétuer l'état colonial dans lequel les pouvoirs en place ont voulu tenir les deux Kabylie qui n'ont d'intérêt pour eux que lorsque nos frontières sont menacées. Ils ne nous auront pas. Tu peux leur dire qu'il ne faudra plus compter sur la jeunesse Amazighe pour aller au casse-pipe.
"Est-il vrai que MATOUB est raciste envers les Arabes ?"
Fais-moi pas rire. C'est un jugement volontairement faux et un brin raciste, mais qui trahit bien le malentendu qui a toujours existé entre mes détracteurs et moi. Il y a une incompréhension totale qui me gêne car le public a rarement les données globales et objectives en main. Tout est politique et nous sommes bien ici en pleine politique. Je suis responsable de mes actes et la vérité se fait sur ce que je chante. Comment peut-on être raciste quand on a toute sa vie souffert du racisme ! J'ai trop souffert du racisme, de leur racisme, pour accepter à mon tour d'être raciste.
"Quelle est ta véritable culture ?"
Ma seule véritable culture est celle que je me suis trouvée en Kabylie puisqu'on sait que "l'oiseau ne chante bien que dans son arbre généalogique". La vie de mon peuple contient la somme de l'expérience des hommes. D'où le rapport charnel que j'ai avec ma terre natale, mes racines. La culture amazighe est, pour chaque Imazighen, la pierre de touche de son identité. C'est pourquoi je recrée chaque fois que je chante mon peuple. Je dépoussière ses histoires, ses contes, j'enrichis ses chants, préserve sa langue et ses valeurs, parce que tout cela m'a façonné et que si ce n'est pas moi qui le fais, qui le fera ? Tout enfant, j'avais fait cette pénible découverte : je n'avais pas le droit de parler ma langue et de connaître ma culture. Alors que nous étions censés être libres et indépendants. La langue maternelle, ça aide à se penser debout. Mon pays, c'est l'ALGERIE. Mais je suis le citoyen d'une autre patrie : LA CHANSON. Quant à la langue amazighe, c'est ma langue maternelle, la langue du foetus, la langue intérieure J'ai la double nationalité car j'ai deux pays : mon pays et mon pays intérieur. C'est dans la différence que je trouve mon identité.
|
| Malika MATOUB.
source : revoltes.free.fr
|
| |
|
|
|
|